Journalistes, développeurs, designers: le trio gagnant !

"Je suis vraiment surprise de la très grande lenteur des salles de rédactions à se reconfigurer" pour travailler avec les développeurs et les designers, a déploré dimanche à Austin (Texas), Emily Bell, directrice du Tow Center for Digital Journalism de la Columbia University.

Pour Bell, qui a dirigé pendant dix ans la rédaction web du Guardian, "la configuration idéale -- et encore trop rare--, c'est l'égalité entre les journalistes, les développeurs et les designers". "Il faut battre en brèche l'idée que le journaliste ou le rédacteur en chef disent aux autres ce qu'ils doivent faire. Le plus souvent d'ailleurs ils ne le savent pas !", a-t-elle ajouté lors d'un panel de la conférence South by Southwest.

"Tous ces métiers sont désormais parties prenantes du journalisme d'aujourd'hui et participent à sa production", a renchéri Dann Sinker, responsable des partenariats News de Mozilla.

Selon Andrew Leimdorfer, qui dirige une équipe mixte d'infographie et de visualisation de données à la BBC, "les meilleures idées web viennent actuellement de brain storming entre ces trois métiers".

"Cette collaboration contribue d'ailleurs à améliorer la confiance et la transparence dans un journalisme plus ouvert", selon Bell. "Le problème c'est que les développeurs veulent bâtir des choses qui durent pour toujours, les journalistes veuleut quelque chose pour tout de suite."

Elle a aussi regretté "le fossé très important qui subsiste toujours entre les rédactions très en pointe sur le numérique (comme la BBC, NPR, le Guardian, le New York Times ou Al Jazeera) et les autres".

10 fois plus de trafic sur les blogs "live"

Justement, le patron du numérique d'Al Jazeera en anglais, Mohamed Nanabhay, qui a un background d'informaticien, a raconté comment sa rédaction avait utilisé les outils web pendant le Printemps Arabe :

  • Mise à disposition des contenus textes, photos et vidéos  en licence Creative Commons. "Il ne fut pas aisé de convaincre les dirigeants de la chaîne de laisser partir nos contenus, mais cette décision a augmenté notre distribution et notre exposition sur toutes plates-formes".
  • Diffusion des vidéos sur YouTube, mises également à disposition des autres rédactions.
  • Alimentation de blogs "live" sur les différents pays "qui ont attiré 10 fois plus de trafic que les plus importants articles de la Une du site web". "Nous battions souvent les agences de presse".

C'est le flux d'infos sociales qui donne le contexte

"Le web a changé. Aujourd'hui, c'est un web social en temps réel. Et c'est l'accès qui compte", souligne Emily Bell.

"Les formes du journalisme sont aussi en train de changer. Il n'y a plus un article, une vidéo. Mais des histoires qui ne s'arrêtent jamais, qui sont constamment réactualisées. Et avec ces flux ininterrompus de contenus, il y avait un rique de perdre le contexte", explique Mohamed Nanabhay. "Mais je suis absolument convaincu désormais d'une chose: jusqu'ici le contexte était donné par un individu. Aujourd'hui, il est fourni par le flux social de données, qui donne la bonne vue d'ensemble d'une situation, notamment grâce à l'apport de l'audience, co-créatrice de l'info et partie prenante de la rédaction."

"En fait, aujourd'hui le journalisme vient du web"

"De même, la recherche, la découverte et le filtrage d'informations sont aujourd'hui devenus technologiques (...) Le travail d'enquête aussi, notamment pour l'exploitation des données ou de volumes importants de textes", estime Leimdorfer de la BBC.

En fait, "hier, nous passions notre temps à tenter de mettre le journalisme SUR le web, aujourd'hui le vrai journalisme vient DU web (...) C'est un vrai tournant", a ajouté Sinker de Mozilla.

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  • toto

    Toujours le même discours entendu depuis le début des années 2000... Le journalisme est en pleine mutation grâce à la multiplication des formats et l'émergence des médias sociaux. A force de décliner ce discours sous des milliers de formes, on finit par se demander quelle est la finalité de ce refrain tant entendu... et souvent loin de la réalité des rédactions (sauf peut-être pour les grandes rédactions citées plus haut).
    Aujourd'hui, de nombreuses rédactions web ou papier sont tellement réduites qu'elles n'ont d'autre choix que de reprendre les données des réseaux sociaux ou des agences de presse (voire pour les moins regardantes, des agences de communication et des communiqués des pouvoirs publics) ou d'autres sites (agrégation moins chère que la curation) via l'aide des techniciens. Alors expliquer ensuite que de toute façon, le journalisme n'a qu'à y gagner... cela pose pas mal de problèmes éthiques.
    Alors oui, la collaboration journaliste-designer-developpeurs permet l'émergence d'un nouveau journalisme à condition qu'on parle de collaboration et non d'un dictat technologique éloigné de la volonté d'informer et dont la finalité n'est autre que "d'être présent sur Google" ou "de vendre de la pub". Oui, la multiplication des formats (vidéos, blog, intervention du web social...) et la remise en cause de la toute puissance journalistique sont des progrès, à condition pour cela de disposer d'équipes suffisamment nombreuses et talentueuses... sinon, on peut craindre qu'avec des entreprises de presse tournées vers la rentabilité immédiate, les premières victimes soient les journalistes et l'information au profit du buzz.
    Mais non, le travail d'enquête et le tri des données ne peut pas se faire exclusivement par la technologie. Et non, le flux ininterrompus de contenus ne permet pas forcément à l'information d'être remise dans son contexte, tout comme elle ne permet pas forcément l'émergence d'avis contradictoires permettant réflexion et débat (au-delà de la version documentée mais si neutre de wikipedia). Continuer à nier ces évidences conduit à dévaloriser le métier de journaliste encore et encore.

  • Eric Scherer

    Nous préférons ici les commentaires non anonymes. Pourquoi donc ne pas le faire à l'avenir?

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