D8 : YouTube m'a tuer !

Non, l'événement du PAF cette semaine n'est pas le lancement de D8, chaîne TNT de Canal+. L'événement disruptif est bien le lancement d'une douzaine de chaînes pros YouTube sur le marché français.

Un an après la centaine de chaînes similaires lancées au fil des semaines aux Etats-Unis, la plateforme vidéo de Google, qui ressemble de plus en plus à de la télé, débarque donc dans trois pays européens (France, Allemagne, UK) avec une trentaine de "chaînes originales" (+ une trentaine nouvelles aux US), qui prendront de l'attention, du temps disponible, et donc des revenus publicitaires aux acteurs traditionnels.

Et ce sur tous les écrans: du smart phone à la tablette, de l'ordi à la TV connectée, pour les quelques 800 millions de visiteurs uniques du site.

AuFéminin, Marmiton, Doctissimo, Taratata, Endemol et .... la BBC

Comme en Amérique du Nord, il s'agit de chaînes thématiques (info, cuisine, forme, mode, beauté, musique, automobile, technos, sports, jeux, science, environnement, jardinage ...). A noter, pour la France, l'arrivée de versions vidéos de très grandes réussites du web comme AuFéminin, Marmiton, ou Doctissimo, donc de groupe de médias (Axel Springer, Lagardère).

Mais aussi de producteurs de TV comme Endemol (It's Big), AirProd/Banijay (Taratata de Nagui associé à France TV), Capa, Vice, Fremantle, ou Troisième Oeil, de chaînes de télévision classiques et de médias d'informations comme la BBC (2 chaînes), Euronews, Reuters ou le Wall Street Journal, de studios de cinéma (Warner Bros) ou des organisateurs d'événements (TED, Red Bull).

YouTube a donc mis le pied à l'étrier de ces créateurs/producteurs professionnels qui entendent profiter du boom extraordinaire de la vidéo en ligne sur la base d'un financement initial (on parle de plusieurs centaines de milliers d'euros à un voire deux millions d'euros par chaîne sous forme d'avances sur recettes), suivi d'un partage de pub (on parle de 50/50).  Avec bien-sûr un feedback de données sur la pub bien plus fin que Nielsen et à terme une prévision pluri-annuelle des revenus plus sûre.

"Nous voulons les aider à devenir aussi grosses que des chaînes de télévision", assure le patron du programme Robert Kyncl (ex Netflix). Mais c'est à eux d'assurer la programmation, estime YouTube qui aidera, elle, au développement de l'audience multi-plateformes.

A noter que l'infrastructure est minimale, puisqu'il s'agit ni plus ni moins de la bonne vieille plateforme YouTube qui agrège et "package" des contenus existants, mais aussi et surtout originaux, dédiés et exclusifs. Ne reste plus pour le détenteur d'un compte gmail qu'à s'abonner à telle ou telle chaîne pour créer sa propre expérience à la carte !

Reste à voir si l'audience sera au rendez-vous. L'heure est donc à tenter de faire un état des lieux du phénomène YouTube aux Etats-Unis où son investissement est évalué, pour ce projet, entre 100 et 300 millions de dollars.

Bilan aux US ? Par où commencer ?

Peut-être par dire que, même si tout le monde parle d'expérimentations, les audiences des plus grosses chaînes YouTube pros US (Machinima, Maker Studios...) sont déjà quasi équivalentes à celles de petites chaînes du câble US. Elles ne nous sont pas familières, mais sont très suivies par les jeunes, y compris chez nous ! Il suffit de regarder nos ados dans le salon ! Déjà 20 à 25 chaînes ont dépassé le million de vidéos vues par semaine. Et 25 chaînes ont dépassé les 100.000 abonnés. Maker Studios a une audience de plus de 20 millions de visiteurs uniques par mois et dit en atteindre 130 millions via ses sous-chaînes ! Des milliers de chaînes engrangent déjà plus de 100.000 $ par an de revenus. Des stars comme Jay-Z et Madonna y sont désormais présents. Le réalisateur de la série CSI y a deux chaînes !

Que YouTube s'est mis à fond dans la campagne présidentielle US en diffusant pour la 1ère fois les débats Obama / Romney et en lançant une chaîne politique avec -- excusez du peu--  le New York Times, le Wall Street Journal, ABC News et Al Jazeera. Reuters a aussi déjà lancé une chaîne économique et politique sur YouTube

Que les plus grands acteurs du web -- souvent concurrent de Google--- se font aussi diffuser par YouTube : c'est le cas d'AOL ou de Microsoft, bien sûr attirés par la pub, même partagée.

Que certains contenus ont tellement de succès qu'ils migrent sur les grands networks, ou inversement passent d'une grande chaîne à YouTube. Des animateurs de la TV passent aussi à YouTube.

Que YouTube compte déjà plus de 1.000 chaînes éducatives, qu'il compte mettre le paquet sur les vidéos de musique en mobilité (où d'ailleurs l'utilisateur pourra skiper la pub) et laisse les internautes sous titrer eux mêmes les vidéos dans des centaines de langues !

Les capital-risqueurs ne s'y trompent pas et commencent à arriver, alléchés par le gâteau  ublicitaire lié au nouveaux usages. Certaines ont déjà fait des nouvelles levées de fonds. Les nouveaux talents sont aussi parfois déjà gérés par des instituts spécialisés et YouTube n'hésite pas à créer de toute pièce une place de marché pour faire se rencontrer annonceurs et talents.

Certaines chaînes à fort potentiel ne font pas partie de ces chaînes dites originales: ainsi YouTube a signé récemment avec le groupe de média espagnol Mediapro pour la diffusion de matchs de football, mais aussi en Ecosse pour des résumés. YouTube accumule d'ailleurs les droits du foot, et vise délibérément le marché des droits sportifs, après avoir diffusé les jeux paralympiques de Londres, et permis à 64 pays hors US de suivre les JO.

Certaines chaînes encore n'ont pas besoin de ce statut "pro"et font déjà des audiences phénoménales. Dans cette nouvelle culture, l'amateur est le nouveau pro ! Comme Ray William Johnson et ses près de 6 millions d'abonnés et 2 milliards de vidéos vues ou Ryan Higa (5,6 millions d'abonnés, 1,3 milliards videos vues) ou encore le tube de l'été coréen Psy Gangnam Style en est déjà à plus de ... 400 millions de visionnages ! D'autres sont sélectionnées pour concourir à des festivals de films, tandis que YouTube ouvre des ateliers de formation à la vidéo, laisse à d'autres le soin d'enseigner comment être une star sur ce réseau, ou ouvre même à Londres un studio de cinéma pour ses réalisateurs.

Mais attention, faute de succès, YouTube n'hésite pas à abandonner certaines en chemin comme c'est déjà le cas aux US. Et certains amateurs se plaignent déjà de voir leur audience les abandonner pour des contenus plus pros sur ....YouTube !

L'une des grandes inquiétudes des créateurs et producteurs est bien sûr le piratage des oeuvres. YouTube a indiqué la semaine dernière avoir renforcé son dispositif d'identification des contenus et a annoncé récemment le lancement d'ici la fin d'année d'une offre payante de films en VOD.

Nous sommes désormais bien loin des chats qui font du skateboard !

Ah, j'oubliais: YouTube, est aussi l'endroit où les jeunes écoutent aujourd'hui leur musique ! "Skyfall", la chanson du dernier James Bond, par Adèle, mise en ligne il y a trois jours sur YouTube a été déjà "consultée" près de ... 17  millions de fois sur le site. Je dis consultée car, elle ne comporte aucune image !


A lire aussi

One thought on “D8 : YouTube m'a tuer !

  1. Pingback : Chute libre/Baumgartner : 3 leçons pour les médias | Metamedia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>