Journalisme/Média : 10 prédictions pour 2016

Par Barbara Chazelle, France Télévisions, Direction de la Prospective

Le mobile et la vidéo resteront en 2016 les défis majeurs à relever pour les éditeurs. Mais si les choses s'accélèrent, elles se précisent aussi, et les leviers d'action sont aussi nombreux que variés.

mobile growth


Le Reuters Institute a publié aujourd'hui son rapport Journalism, media and technology predictions for 2016 basé sur l'étude de 26 pays. Voici les 10 points à retenir :

1Apprendre à produire du contenu pour aucun écran

Selon le Reuters Institute, peu de personnes utilisent les assistants personnels de leur mobile (comme Siri ou Google Now). Mais cela serait sur le point de changer, notamment grâce à M de Facebook, une intelligence artificielle bientôt installée dans Messenger, qui pourrait rendre cet usage mainstream.

« Le deep learning et l’intelligence artificielle pourraient bien être les nouvelles frontières de la guerre entre Apple, Microsoft, Google et Facebook. » prédit Reuters.

Pour les éditeurs, cela implique d’apprendre à produire du contenu non seulement pour tous les écrans mais aussi pour aucun écran, car nous allons de plus en plus parler à nos terminaux. C’est ce qu’on appelle le « Zero UI ».

2La push notification est un nouveau medium

L’utilisation des notifications d’info a doublé cette année dans la plupart des pays. L’arrivée des montres connectées n’y est pas pour rien, et le Reuters Institute prédit que la tendance va s’installer. Le New York Times par exemple a désormais une équipe de 11 personnes consacrées à la création et à la programmation des notifications.

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Pour Otto Toth, Directeur de la Technologie au Huffington Post :

« Il existe une génération qui ne lit rien de plus long qu’une notification… Maintenant nous avons des journalistes qui n’écrivent que des notifications. Ceux qui écrivaient les headlines sont la nouvelle génération de créateurs d’information qui connaîtra le succès. »

En 2016, de nombreux éditeurs prévoient de tester des alertes personnalisées. Les intermédiaires devraient aussi lancer de nouveaux produits, à l’instar de Facebook Notify ou d’acteurs qui se basent sur les algorithmes comme Nuzzel et SmartNews.

3Montée en puissance des nouveaux formats vidéo

La croissance de la vidéo en ligne et de la vidéo mobile n’est plus un secret pour personne. La plupart des éditeurs et les grandes plateformes ont mis les bouchées doubles en 2015 déjà, avec parfois quelques ajustements de stratégie :

- la BBC ferme son service Red Button TV et va se concentrer sur un projet autour de la vidéo mobile
- Le Washington Post a mis la TV et la vidéo au cœur de sa nouvelle newsroom
- Le Huffington Post veut faire croître son activité vidéo grâce à des partenariats éditoriaux et développe Outspeack, sa plateforme de contenus journalistiques UGC

En ce qui concerne les nouveaux formats vidéo :

- la vidéo verticale n’est pas qu’un effet de mode. Selon l’agence Mary Meeker qui analyse les tendances, près d’un tiers du temps passé à regarder de la vidéo l’est maintenant sur un écran vertical aux Etats-Unis. En 2010, on était à peine à 5%. YouTube observe une augmentation de 50% des chargements de vidéos verticales en 2015, sans parler de Snapchat qui totalise 6 milliards de vidéos verticales vues par jour.

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- difficile encore pour les éditeurs de choisir entre verticalité et horizontalité. C’est pourquoi certains d’entre eux commencent à expérimenter la production de vidéos responsive. A suivre absolument en 2016 !

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- les formats immersifs (360°, réalité virtuelle) vont devenir monnaie courante. L’enjeu en 2016 sera d’engager l’audience.

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4Plus de vidéos, mais en produisant low cost

Produire plus et moins cher, voilà le rêve de tout éditeur. De nouvelles manières d’y parvenir devraient voir le jour en 2016, notamment via le développement de robots qui vont permettre la création de tout ou partie de la vidéo.

Par exemple, BBC World Service utilise désormais la traduction automatique et la voix de synthèse pour produire de courtes vidéos en différentes langues. Wibbitz, une start-up israélienne, permet de créer une vidéo via l’analyse sémantique d’un texte et la récupération d’images de différentes agences de presse. La voix peut-être celle d’un robot ou d’un humain, selon la préférence de l’éditeur. NowThis utilise Switchboard, un logiciel qui fonctionne sur l’analyse de données, pour optimiser la construction du storytelling de ses vidéos.

Les applications de live streaming sont aussi un bon moyen de réduire les coûts de diffusion et seront de plus en plus utilisées pour relayer les breaking news. A surveiller de près en 2016 : Facebook Mentions.

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5Apparition de nouveaux indicateurs

Face à l’explosion de la vidéo en ligne, et ce que cela implique pour les annonceurs, le Reuters Institute prévoit la création de nouveaux indicateurs, pour mesurer l’audience mais surtout l’engagement.

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« Cette année sera celle où l’on commencera à comprendre à quoi ressemble vraiment le succès, et où l’on réalisera qu’il prend autant de formes qu’il y a d’audiences sur les différentes plateformes » affirme Renée Kaplan en charge de l’engagement de l’audience au Financial Times.

L'engagement peut être suscité très en amont. Une levée de fonds pour financer sa plateforme d'info peut être un bon moyen de recruter une audience fidèle dès le début du projet. El Espanol et De Correspondent ont levé en 2015 respectivement 3.1 millions et 1 million d'euros.

6Davantage de formats longs sur les médias sociaux

Les médias sociaux ne vont plus se contenter de se faire l’écho de simples liens. Il est fort probable que les plateformes encouragent de plus en plus les éditeurs à publier des contenus natifs… qu’elles éditeront ensuite elles-mêmes.

« Les sites individuels ne vont plus avoir d’importance… On aura accès à l’info sur des sites centralisés » prédit Evan Williams, fondateur de Medium.

7Des API pour les applications de messageries

Les applications de messageries, qui ont connu une forte adhésion ces derniers mois, ne servent plus uniquement pour chatter mais aussi pour produire et partager des contenus. En 2016, certaines de ces applications devraient mettre à disposition des API qui permettront aux éditeurs de distribuer leurs contenus plus facilement.

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8Avoir sa propre application devient nécessaire

Le rapport cite 4 raisons pour lesquelles les éditeurs devraient plus que jamais songer à développer leur propre application mobile :

  1. Les applications souffriront moins des ad blockers.
  2. Les applications de contenus sont désormais plus visibles (indexées dans le search depuis l’iOS9) et automatiquement liées au contenu web, permettant ainsi aux utilisateurs d’avoir une expérience cohérente d’où qu’ils viennent.
  3. La vitesse / performance des applications reste meilleure que celle du web mobile
  4. Les applications permettent l’envoi de notifications et ainsi des visites plus régulières

9Créer du contenu attrayant, mais surtout utile

L’essor du journalisme visuel a été particulièrement bien utilisé pour attirer l’attention. Mais pas toujours pour produire du contenu utile, à forte valeur ajoutée. « En 2016, attendez-vous à voir des outils qui se concentre sur la résolution de problème et qui apporte des réponses aux questions, en soutien à des contenus plus originaux » prévient le Reuters Institute.

Pour cela, les données et la manière de les raconter seront essentielles.

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10De meilleurs services, tout simplement

En 2016, on ne réinvente pas la roue, on l’améliore. On tente de donner davantage de sens à ses contenus, on assure au maximum le confort de son audience, à commencer par offrir des services sécurisés, mais aussi plus performants.

La publicité, à l’heure où les ad blockers font rage, reste un sujet majeur en 2016. En cause notamment, la lourdeur de leur chargement. L’amélioration de la vitesse d’exécution est un des objectifs de Facebook, Apple (via les applications) mais aussi de Google qui lance un nouveau standard (AMP) pour le web mobile.

«  Tout ce qui est moins qu’instantané amène une dégradation, un déclin de l’engagement » avertit Richard Gingrass, Directeur de l’Info chez Google.

Des innovations sont enfin à attendre dans les modes de paiement et les modes de souscription. Bendle, qui a ouvert le champs des micro paiements pour des articles, devrait se lancer très prochainement aux Etats-Unis.

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  • Julien Paulais

    Merci pour ce récap bien ficelé, ces tendances sont passionnantes, le CES vient de nous en donner de bons exemples. Ces tendances sont pour la plupart déjà bien engagées et partagées. L'une d'elles, selon les sources, ne semble pas faire consensus cependant : avoir sa propre application (native, au sens de l'article ?). Certains évoquent un recul à attendre des apps natives (coûts de dev / maintenance face au web mobile, essor des notifications, du Zéro UI que vous évoquez...).
    A suivre, en tous cas !