Transmédia et séries TV en France : utilisation distincte des USA

Par Cécile Blanchard, journaliste. Billet invité.

Aux Etats-Unis, les campagnes de promotion transmédia pour accompagner le lancement d’une nouvelle saison de série TV sont légion. En France, si les dispositifs sont souvent moins ambitieux, ils tendent tout de même à se généraliser mais sont différents.

Une utilisation différente des Etats-Unis

L’engouement pour les séries TV est mondial. La France ne déroge pas à la règle, avec des créations plus ambitieuses, aux audiences qui montent en flèche. Et les chaînes TV utilisent souvent des dispositifs transmédia afin d’accompagner la diffusion de leurs séries. A noter cependant que contrairement aux Etats-Unis, le transmédia n’est pas utilisé comme un moyen de promotion, en amont de la diffusion, mais plutôt dans le but de créer un univers cohérent autour de la série, avec des contenus complémentaires, et, parfois, des dispositifs qui s’amusent à abolir la frontière entre fiction et réalité.

La chaîne franco allemande Arte est une spécialiste du genre. Pour le lancement des deux saisons de la série Real Humans, elle avait elle ainsi fait entrer l’univers de sa série dans le réel, en créant le site de la société Atsugi Robotic permettant de créer un robot à son image, ou le Hubot Market , permettant d’acheter en ligne son robot.

Pour sa dernière série en date, Trepalium, la chaîne a réitéré l’expérience avec cette fois, un « prequel » en ligne. Sur A l’ombre du mur - Journal d’un inutile, on peut ainsi écouter l’histoire d’Hector, bien avant la construction du mur qui, dans la série, sépare le monde des actifs et celui des « zonards ». Une fiction audio qui offre également à l’internaute la possibilité de feuilleter les différents papiers d’Hector : croquis, lettres de sa famille d’adoption (restée de l’autre côté du mur), tracts du gouvernement etc.

Trepalium

Joliment réalisé par Upian, le prequel permet d’en savoir plus sur la genèse de cette société totalitaire et de comprendre les différentes étapes qui ont mené à la division de la société en deux camps : les actifs et les zonards. Paradoxalement, cette fiction audio est probablement plus intéressante à écouter pour un spectateur ayant déjà vu la série.

Plus qu’une campagne de promotion pour la série, ce prequel est un contenu transmédia qui prolonge l’univers de Trepalium sur un nouveau support médiatique. Il apporte des éléments complémentaires aux fans de la série, et s’inscrit pleinement dans son univers.

Trepalium-prequel

Et Arte n’est pas la seule chaîne à utiliser les supports numériques pour étendre l’univers d’une série diffusée sur son antenne.

Citons par exemple France 2 et la série Fais pas ci Fais pas ça : de véritables comptes Facebook et Twitter des personnages ont été créés, prolongeant l’histoire dans le monde réel. Une annonce concernant la location du gite tenu par les personnages a également été créée sur le site Le Bon Coin. Enfin, une websérie avait été mise en ligne entre la saison 5 et la saison 6.

Encore plus transmédia, la série Cut (France Ô) dont le dispositif transmédia a été imaginé par Bigger Than Fiction, propose de suivre une intrigue parallèle sur les réseaux sociaux, par le biais du compte Facebook de l’un des personnages, mais aussi de rentrer dans son téléphone via une application.

De son côté Canal + s’est lancé très tôt (dès 2011) dans des dispositifs transmédia ambitieux, plus proche des américains, en créant des jeux en réalité alternée pour ses séries Braquo et Engrenage. Mission Braquo, destinée aux fans, leur proposait, pendant la diffusion de la saison 2, de pénétrer dans la série en devenant un membre actif du groupe CAPLAN. Avec Inside Engrenages, les internautes pouvaient suivre une enquête inédite.

Mais la chaîne cryptée semble avoir abandonné ce type de contenus transmédia.

Enfin, OCS propose actuellement un contenu complémentaire sur Spotify, en parallèle à la diffusion de la série Vinyl, avec la mise à disposition des playlists de chaque épisode.

Vinyl

Brouiller les frontières entre fiction et réalité

Ces expériences transmédia permettent de prolonger l’univers des séries, et de découvrir des contenus supplémentaires en cohérence avec la fiction. Voire (comme pour Real Human) de s’immerger un peu plus dans l’univers de la série, en brouillant les frontières entre fiction et réalité.

Cependant, ces ressorts transmédia ne sont pas vraiment utilisés par les équipes marketing pour faire la promotion d’une nouvelle saison, en amont de sa diffusion.

Est-ce parce que la France ne dispose pas encore de « blockbusters » à la House of Cards qui rassemblent des communautés de fans impatientes de connaitre la suite ?

A moins que la série Marseille (Netflix) ou la prochaine saison de Baron Noir (Canal +) s’invitent dans la campagne présidentielle 2017 ?

A suivre !

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